Ou comment la pop culture m'a appris à idéaliser un mec pas ouf
Regarder ses séries préférées permettrait de surmonter l’anxiété, d’après certaines études. Quand mon père est mort, j’étais incapable de regarder autre chose que la version US de The Office, du trajet en train pour me rendre à l’enterrement jusqu’aux six mois qui ont suivi. Véritable série doudou, Michael Scott et ses employés m’ont aidée à faire mon deuil, au point que, parfois, la regarder me ramène à cet épisode de ma vie. Un moyen de s’échapper de la réalité qui nous est commun à tous, puisque la nostalgie permet de surmonter les épreuves de la vie et de garder espoir en l’avenir.
J’aime regarder des vieilles séries, repenser à certaines périodes de ma vie, de Charmed à Buffy contre les vampires en passant par New York Unité Spéciale et Friends. Mais comme l’a dit la journaliste Chloé Thibaud dans un épisode de La Pause Simone, une fois qu’on a enfilé des lunettes antisexisme, impossible de les retirer, de mettre son cerveau sur pause et de ne plus noter tous les petits détails agaçants, misogynes, sexistes, les comportements problématiques voire toxiques des personnages qui ont bercé notre enfance ou notre adolescence.
Alors quoi de plus logique que d’écrire sur ces oeuvres, avec un regard neuf, mon regard de journaliste de 30 ans ? D’autres personnes s’emploient à cela, je le conçois, comme Buffy contre le patriarcat sur Instagram qui relève tous les comportements masculins toxiques dans cette série pourtant si badass, désormais étudiée à l’université à travers le monde.
L’un des moments où je suis tombée de haut, c’est en regardant une nouvelle fois Newport Beach, The O.C. en version originale. Après avoir regardé Nobody Wants This avec Adam Brody et Kristen Bell, j’ai voulu avoir une dose supplémentaire du romantisme légendaire d’Adam Brody, notamment à travers son personnage de Seth Cohen dans Newport Beach. Drôle, sarcastique, un peu loser et romantique invétéré avec de super goûts en rock indé, Seth Cohen restait dans mon imaginaire personnel comme l’archétype du mec idéal. Et je sais qu’il l’est pour de nombreuses spectatrices de la série.
Pourtant, en regardant à nouveau la série, je me suis rendue compte que, finalement, Seth Cohen était seulement un mec, à l’image d’une grande partie de ceux que j’ai rencontrés. Problématique par moments, toxique très souvent. Car tous ses gestes romantiques, toutes ses grandes déclarations faisaient en réalité suite à des comportements de mec toxique avec Summer Roberts ou les quelques autres personnages féminins dont il s’est entiché. En jouant sur les deux tableaux avec Summer et Anna, il se présente en victime, incapable de faire son choix car jamais personne ne s’est intéressé à lui.
Même refrain lorsqu’il s’inscrit à l’Université de Brown. Alors qu’il affirme qu’il s’agit de son rêve de toujours d’aller à Brown, il refuse d’abord d’avouer à son père qu’il ne veut pas s’inscrire à Berkeley, par peur de le décevoir. Jusqu’au dernier moment, il lui affirme même avoir envoyé sa candidature. Alors qu’il assure que Summer est la femme de sa vie, celle-ci ne pense pas avoir les capacités intellectuelles pour s’inscrire à Brown et cherche alors d’autres universités autour, planifiant leur vie à deux. Seulement plot-twist, les résultats des SATs, équivalent du BAC, montrent que Summer est, finalement, très intelligente. Elle obtient même un meilleur score que Seth, lui qui pense que tout le monde autour de lui est stupide ou, au moins, moins intelligent que lui.
Et là, le monde de Seth Cohen bascule : petit démocrate juif américain, qui se considère trop bien pour la ville si superficielle de Newport Beach, se rend compte que celle qu’il ne voyait qu’à travers l’amour qu’il lui porte depuis l’école primaire, comme un objet de désir, est en réalité plus intelligente que lui. Or, les universités de l’Ivy League acceptent rarement plus d’un élève par école, et c’est ce qu’il se passe : Summer est acceptée, mais pas Seth.
Se sentant émasculé par sa petite amie si intelligente, de peur de la décevoir elle-aussi, il lui ment, sans cesse : il prétend avoir été accepté et va même jusqu’à assister au weekend de visite des futurs étudiants, afin de convaincre l’homme en charge des admissions de lui laisser une chance. Ce n’est qu’une fois pris sur le fait, en train de manigancer avec son ex petite-amie pour trouver un moyen d’aller à Brown, qu’il finit par lui avouer la vérité. Et, une fois de plus, un énième geste romantique lui permet de récupérer Summer.
Dès le début de la série, Seth est présenté comme un petit nerd californien sans amis, obsédé par les BD, amoureux de Summer qui ne le calcule pas, mal à l’aise en société, sarcastique. Un “pouvoir” qu’il exploite dans la bande dessinée qu’il crée avec Zach, petit-ami puis ex puis petit-ami de Summer. Dans celle-ci, il se surnomme The Ironist, dont le super-pouvoir est de détruire les méchants par son sarcasme. Le petit monde de Newport Beach est bien présent dans cette BD, notamment Summer, appelée Miss Vixen. Et si elle apprécie qu’on parle d’elle dans une BD, son personnage n’en reste pas moins un personnage féminin de BD : une jeune fille super-sexy, vêtue de cuir, qui détient ses super-pouvoir de sa carte de crédit.
En plus d’en faire un personnage superficiel mais populaire, lorsqu’une maison d’édition souhaite acheter la bande dessinée de Zach et Seth, tous deux se battent pour celle-ci et Summer. Au point qu’ils finissent par prendre une décision, que Zach “garde” la BD, et Seth “remporte” Summer… Un échange au niveau de celui de Jack et Chuck Bass dans Gossip Girl, qui échangent Blair Waldorf contre un hôtel…
En plus de traiter sa petite amie comme un objet, les “red flags” dont faisait preuve Seth Cohen à l’époque et que, comme de nombreuses personnes, je n’ai pas vus, c’est l’égoïsme qui le caractérise. S’il accepte Ryan dans sa famille, c’est en partie parce que Marissa et lui se plaisent et, qu’ainsi, Summer découvre enfin qui est Seth Cohen. Lors des nombreux échanges qui ont lieu dans la série, Seth est sans cesse pessimiste, centrant toutes les conversations autour de ses propres problèmes. Au point que, lorsqu’il s’absente et que ses parents demandent à Ryan comment l’aider à la manière de Seth, celui-ci leur répond qu’en général, Seth parle de lui et que Ryan finit par résoudre son problème tout seul.
Tant d’autres comportements de Seth Cohen, l’homme idéal pour toute une génération pourraient être relevés mais, si Adam Brody semble être un homme décent dans Nobody Wants This, vingt ans plus tard, une chose est sûre : Summer Roberts méritait mieux.